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vendredi, 16 mai 2008

Faire le pari de la réforme à gauche !

Contribution au Congrès de Paris du PRG des 16, 17 et 18 mai 2008,
présentée par les élus et militants de la Fédération de Paris du PRG.

Le succès de la gauche aux dernières municipales comme l’impopularité actuelle du Président de la République et de son gouvernement nous apportent deux enseignements majeurs.

Premièrement, la gauche se renforce encore davantage dans les zones urbaines, car au niveau local, son projet répond mieux que la droite aux problématiques quotidiennes des Français, comme la crise du logement, le travail précaire, le pouvoir d’achat, ou bien encore les évolutions sociétales et le vivre ensemble. On ne peut donc faire l’économie de cette expérience urbaine pour élaborer et porter un projet national qui soit en phase avec la société française.

Deuxièmement, ce succès ne doit pas occulter nos échecs antérieurs aux élections nationales. Au PRG comme ailleurs, nous ne devons pas nous épargner la remise en question globale à laquelle doivent s’atteler tous les partis progressistes pour pouvoir espérer reconquérir le cœur et l’esprit des Français.

Deux échecs électoraux qui ont de quoi nous alarmer

Car après l’échec de Lionel Jospin au premier tour de la présidentielle de 2002, Ségolène Royal, candidate d’une gauche plus rassemblée que jamais, a également échoué à remporter cette élection majeure dans la vie politique française. Et dans les deux cas, la principale cause en fut le flou du projet et surtout le manque de vision d’une gauche qui ne débat plus de ses divergences de fond et donc ne se connaît plus elle-même. De même, la marginalisation du MoDem, qui pourrait nous réjouir, doit nous faire réagir car elle signe avant tout une reprise en main par la droite sarkozyste de l’électorat centriste.

Inutile d’épiloguer sur les échecs et les errements de Nicolas Sarkozy ainsi que ses manquements à certains principes républicains ou dans la défense des Droits de l’Homme à l’étranger depuis mai 2007, si ce n’est pour confirmer qu’ils interdisent tout rapprochement ou compromission avec son gouvernement ou des formations politiques qui le soutiennent.

L’inefficacité et l’injustice de la politique du Président et de son gouvernement nous imposent au contraire l’urgence de reconstruire une opposition de proposition progressiste, et donc de changer la gauche pour donner au pays la chance de l’alternance en 2012.

Il y a donc péril en la demeure, à gauche comme au PRG, dont les candidats n’ont que peu bénéficié de la victoire aux municipales, surtout lorsqu’ils concouraient sous leurs propres couleurs.

Personne n’est à blâmer, si ce n’est notre incapacité collective à définir, à conserver sur la durée et donc à faire exister notre doctrine radicale dans une société dont les repères sont flous, un régime politique toujours plus bipolarisé et des médias toujours enclin à la simplification. L’échec même de la stratégie du MoDem et l’incompréhension de son « ni droite, ni gauche », et ce malgré un score très élevé de François Bayrou à la dernière présidentielle, est la démonstration qu’un parti politique se doit de définir sa position sur l’échiquier politique et s’y tenir s’il veut éviter l’incohérence et donc l’effacement. Et pour le PRG, cette place a toujours été et ne peut être que le centre-gauche.

Radical de gauche ou gauche radicale ?

Dans l’opinion, les médias et même parfois dans la nouvelle génération politique, le nom ou l’adjectif « radical » n’est plus associé au radicalisme, philosophie politique dont est issu le Parti Radical de 1901, mais à l’extrémisme, qu’il soit de droite ou de gauche, ou à l’intégrisme religieux. C’est ainsi que l’expression « gauche radicale » désigne exclusivement la mouvance alter mondialiste ou trotskyste, dont Olivier Besancenot est le porte-parole le plus médiatique ; en contradiction complète avec la gauche moderne que nous prétendons incarner. Ils sont peu aujourd’hui, même chez nos partenaires politiques, à se souvenir des fondateurs de l’Union de la gauche dont la signature a contribué à l’apparition du Mouvement des Radicaux de Gauche en 1972.

Faut-il pour autant changer de nom, par exemple nous appeler Parti Radical Réformateur de Gauche ? Il y a surtout urgence à redéfinir, pour nous même et pour l’opinion, les principes du radicalisme au 21e siècle en les adaptant aux défis posés à la société française de 2008 dans une économie mondialisée. Cette clarification de notre identité est essentielle pour éviter la disparition de notre mouvement philosophique et par là même d’un centre-gauche progressiste et laïque.

Assumons le besoin de réformes économiques et sociales

Le PRG doit devenir le parti de la réforme à gauche. Car nous ne servons pas nos concitoyens, à commencer par les plus modestes, si nous nions l’importance des déficits budgétaires et de la dette publique française et si nous nous contentons de promettre toujours plus de moyens sans essayer de trouver des solutions innovantes à des problèmes structurels. Le PRG doit prouver par l’audace de ces propositions qu’en économie, entre le socialisme et le libéralisme, il y a le radicalisme.

Car faire évoluer aujourd’hui la gestion publique de la France ne signifie pas tirer un trait sur le rôle de l’État, comme le prouvent les choix opérés par les sociétés du nord de l’Europe. Rappelons-nous surtout que la libéralisation d’un marché ne signifie pas son abandon, que le dialogue social ne signifie pas désengagement de l’État. Les choix économiques doivent être guidés par la lucidité politique et non une doctrine inflexible : Pierre Mendès France et son principal collaborateur pour les questions économiques, Gabriel Ardant, l’affirmaient il y a déjà 35 ans.

Depuis plus d’une décennie, dans ses programmes comme par ses représentants, le PRG est au confluent des mondes urbains et ruraux, des centres-villes et des banlieues, des classes moyennes et des professions libérales. Notre sensibilité nous permet, mieux que d’autres à gauche, de comprendre les évolutions des citoyens vers plus d’individualisme et de liberté, la nécessité de réformer l’Etat, de dynamiser l’économie pour mieux redistribuer, l’importance de la solidarité pour retisser le lien social, le besoin de valoriser le travail et le mérite. A l’image des premiers radicaux, nous devons promouvoir le solidarisme et le développement de l’économie solidaire.

A l’origine, avec Joseph Caillaux, de l’impôt sur le revenu, nous devons aujourd’hui inventer la réforme de la fiscalité française pour créer un système à la fois efficace et juste. Le PRG doit inciter la gauche à faire de la création et du développement des entreprises une priorité, la création de richesse étant le préalable à sa redistribution.

Nous devons aborder les enjeux économiques sans tabous, comme la question de l’ouverture des commerces le dimanche en centre-ville, si cela crée des emplois, ou une réforme équitable du marché du travail et de l’assurance chômage. Les relations avec les syndicats de salariés et d’employeurs doivent pour cela être reconstruites sur des bases de respect mutuel, où réformer ne veut pas dire soustraire mais rénover et enrichir.

Quant à la mondialisation, notre programme doit assumer qu’une plus grande circulation des biens et des personnes est une chance pour l’économie, mais il doit accompagner les évolutions qu’elle suppose, tout en luttant sans cesse pour une meilleure régulation du marché comme moteur d’un progrès social pour tous.

Pour relever le défi de la mondialisation, il faut un investissement massif des énergies dans le progrès humain, en combinant public et privé pour renforcer la recherche et l’enseignement supérieur, et en conjuguant l’éducation à la formation de l’individu, sa construction personnelle : l’instruction préconisée par Condorcet.

La constitution d’une Europe fédérale doit rester l’objectif des Radicaux, quand tant d’autres semblent renier l’idéal européen, notamment du fait que l’union du continent est nécessaire pour répondre collectivement aux grands enjeux que sont la faim dans le monde ou le réchauffement climatique.
Après l’échec des européennes de 2004, le PRG doit revenir au Parlement Européen dans le cadre d’un rassemblement à gauche, avec comme objectif de moyen terme de constituer un Parti Radical de Gauche Européen. Renouer les liens entre le politique et le citoyen passe aussi aujourd’hui par la conquête de nouveaux territoires, celle des fédérations européennes des partis.

Pour la justice et les Droits de l’Homme

Etre réformateur ne signifie en rien renier les valeurs républicaines qu’ont toujours défendues les Radicaux de gauche, parmi lesquels la laïcité et l’humanisme.
L’humanisme radical doit nous conduire à défendre chaque fois qu’il est nécessaire le respect des Droits de l’Homme et de la dignité humaine dans le cadre des lois républicaines. Il en va ainsi de la défense des enfants sans-papiers scolarisés et des travailleurs sans-papiers – comme nous l’avons vu dernièrement avec les employés de l’hôtellerie-restauration qui payent charges et impôts depuis de nombreuses années sans être pour autant immigrants légaux. Notre opposition aux politiques des quotas d’expulsion ou à la logique concentrationnaire des centres de rétention doit être sans faille.

De même, nous devons avoir une parole forte contre les peines extrajudiciaires qui, au motif de protéger la société d’éventuels récidivistes, transforment l’institution judiciaire en outil de vengeance. Nous devons également être à l’avant-garde de l’amélioration des conditions de vie en prison pour sauvegarder sa mission de réhabilitation.

Le durcissement législatif consécutif aux menaces terroristes ne peut justifier les dérives sécuritaires en France, comme cela a pu être le cas aux Etats-Unis avec les lois Patriot Act I et II qui légitiment l’arbitraire d’Etat. Ainsi, les Radicaux de Gauche doivent combattre la propension toujours excessive des pouvoirs politiques et policiers de ficher informatiquement la population ou de recourir de manière systématique à la vidéosurveillance, au contrôle abusif d’Internet, à la limitation de la liberté d’expression, d’opinion et de presse.

Les Radicaux de Gauche doivent également rester à l’avant-garde du combat contre toutes les discriminations dans le cadre de la République une et indivisible et hors de toute logique communautariste. Et également dans la condamnation d’une société du chacun pour soi et de la déshumanisation, dont le boîtier anti-jeunes ou le répulsifs anti-SDF sont les dernières manifestations caricaturales.

Enfin, ils développent une vision libérale en débattant sans dogmatisme des questions de société actuelles, comme l’ouverture du mariage républicain aux personnes de même sexe, l’homo-parentalité, la procréation médicalement assistée, ou encore le droit de mourir dans la dignité.

Une laïcité neutre et protectrice

Comment ne pas réagir aux discours de Latran et Ryad d’un Nicolas Sarkozy qui remet en cause le principe de Séparation des Eglises et de l’Etat en épousant successivement les thèses de la droite catholique la plus réactionnaire et des néo-conservateurs américains ? Face à ces attaques délibérées qui s’appuient sur des interprétations fallacieuses de la loi de 1905 et sèment la confusion chez les Français, les Radicaux de gauche doivent s’entendre clairement sur le concept de laïcité qu’ils entendent promouvoir.

La définition d’une laïcité « positive » par Nicolas Sarkozy démontre bien son absolue incompréhension, car la laïcité est par nature une démarche positive, signal du passage à une morale de l’intérêt général, et à la philosophie positiviste d’un Auguste Comte.

Nous devons adopter une conception d’une laïcité qui privilégie la neutralité des pouvoirs publics et de la sphère publique dans le respect de toutes les croyances et philosophies. Si la tolérance est une vertu radicale, la laïcité n’est pas la facilitation de l’exercice des cultes, dont l’égalitarisme œcuménique cache souvent la soumission aux pressions communautaristes et le recours au clientélisme de la part des politiques.

Cette neutralité peut et doit nous amener à prendre des positions courageuses car en apparence à rebours d’une opinion publique modelée par les médias. Il faut les expliquer en s’appuyant sur notre fidélité à nos principes. Pour défendre la liberté d’expression des caricaturistes de Mahomet, par exemple. Ou lorsque les élus radicaux parisiens s’opposent, contre leur majorité, à la dénomination d’une place Jean-Paul II, à la désignation du Dalaï Lama comme citoyen d’honneur, ou au subventionnement de crèches confessionnelles.

Comment ne pas être préoccupés par la rupture affichée par Nicolas Sarkozy et son entourage sur la question des sectes ? Pour les radicaux de gauche, la « neutralité » laïque doit parfois se muer en laïcité « protectrice » face aux dérives et manipulations d’organisations sectaires qui arguent de la liberté religieuse pour poursuivre des activités à buts lucratifs, si ce n’est criminel.

La nécessité reconnue par les partis politiques de défendre la laïcité face à ces attaques répétées devrait amener le PRG a les rassembler au sein d’un Comité de vigilance national de la Laïcité, comme nous l’avions fait contre le Front national il y a 10 ans.

Une ligne assumée et revendiquée par nos élus

Le PRG ne sera un grand parti indépendant à gauche que si nous travaillons à redéfinir une ligne politique claire, assumée, tout en gardant l’essence de ce que Ferdinand Buisson définissait comme « un parti bourgeois qui a l'âme d'un parti du peuple ». Pour devenir ce parti réformateur, humaniste et laïque, il faut nous ouvrir aux talents extérieurs, aux économistes, aux sociologues, aux entrepreneurs, aux associatifs et à la société civile, à tous ceux qui peuvent nourrir notre projet et nous aider à innover.

Bien sûr, cette profonde entreprise de clarification de notre doctrine ne prendra sens que si elle est assumée et relayée par nos Parlementaires, nos élus dans les assemblées et collectivités locales et nos militants. Elle devra être popularisée lors des prochaines élections européennes de 2009 et régionales de 2010 sur des listes autonomes ou de rassemblement à gauche. Elle n’est viable que si nous excluons totalement toute compromission ou alliances avec Nicolas Sarkozy ou un parti soutenant son gouvernement.

Nous redonnerons alors à notre radicalisme et au vocable « radicaux de gauche » son véritable sens de « réformateurs de gauche ».

18:02 Écrit par Fabrice Moulin dans Politique, PRG | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer | | |

 
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