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lundi, 10 mai 2010

L'Europe, la feta et la rigueur...

Je ne prétends pas jouer les experts économiques sur ce blog mais la tempête grecque et ses effets collatéraux – la rigueur annoncée par le gouvernement – auront des conséquences sur la vie quotidienne de nos concitoyens et à ce titre ils nous intéressent tous. De plus, ces évènements ont relancé un vent d’euroscepticisme que même le plan d’aide de 600 milliards d’euros adopté cette nuit par l’Union européenne risque de ne pas apaiser.

Il y a en effet des télescopages dans l'actualité qui interpellent. Alors que la crise grecque montre des Etats européens divisés et lents à réagir ainsi qu'une Union européenne réduite à quémander l'aide du FMI (à l'encontre de tous les objectifs de la construction européenne), nous avons fêté ce 9 mai le 60e anniversaire de la création de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA) par Robert Schuman.

Cruel rappel des espoirs placés dans une Europe qui est aujourd'hui accusée de tous les maux, et surtout d’immobilisme. Et c'est vrai que l'UE n'a clairement pas été à la hauteur face à la crise et aux attaques des spéculateurs dont est victime un de ses membres.

Néanmoins n'oublions pas un évènement récent dont on pourrait aussi célébrer le triste anniversaire : en mai il y à 5 ans, la victoire en France du "non" au référendum sur la constitution européenne.

Or loin de libérer nos pays d'un carcan libéral comme le prétendaient les tenants du Non, l'échec du référendum a marqué politiquement la fin du processus de construction d'une fédération européenne. Le « Non » prétendait refonder l’Europe des Peuples, nous avons hérité de marchés touts puissants. Le « Non » a substitué à l'objectif ambitieux de l’Europe puissance un grand retour des Etats nations. Les Etats ont repris la main et ce n'est pas l'adoption du traité de Lisbonne qui change la donne, avec un nobody placé sciemment par les chefs de gouvernement à la présidence de l'Europe : M. Herman Von Rompuy qui a récemment déclaré qu'il n’avait jamais voulu ce poste et dont on n'a pas entendu la voix depuis sa nomination.

Ce sont bien les Etats et leurs intérêts nationaux (parfois contradictoires) qui sont aujourd'hui aux commandes. C'est bien parce qu'il n'y pas de gouvernance économique commune que notre continent souffre de la crise. C'est parce que la BCE n'a pas d'orientation claire qu'elle n'agit pas efficacement : même indépendante, elle agirait comme la FED aux Etats-Unis s'il existait un leadership européen incontestable.

Ce n'est pas l'Europe qui est responsable du traitement de choc infligé à la Grèce. Car premièrement, la dégradation des comptes publics, l'explosion de la dette, l'existence d'une économie parallèle qui grève les rentrées fiscales sont des problèmes qu'un pays doit régler, qu'il soit ou non membre de l'UE ou de la zone euro. Ce n'est pas non plus l'Europe qui impose au gouvernement grec de faire concentrer ses efforts uniquement sur les citoyens modestes, les retraités et les fonctionnaires - même si ces efforts sont nécessaires - alors que les plus riches et les entreprises semblent mystérieusement épargnés. Ni de conserver envers et contre tout un budget militaire astronomique, supérieur à la plupart des pays européens !

L’Euro est lui aussi remis en question par certains. Pourtant, notons que l'appartenance à la zone euro a surement évité aux grecs des dévaluations en série qui auraient conduit à une inflation explosive. Sans l'euro, il faudrait sans doute au consommateur grec une brouette de billets pour s'acheter 100g de féta !

En France, le gouvernement prône maintenant la rigueur et s'apprête à prendre des mesures pour réduire les déficits, au nom de l'exemple grec. C'est vrai qu'il faudra réduire les déficits et la dette qui atteignent des niveaux sans précédents. Mais rien n'empêche le gouvernement de supprimer le bouclier fiscal dont l'inefficacité n'est plus à prouver (à commencer par le faible nombre des rapatriés fiscaux depuis sa création). Pourquoi ne pas s'attaquer à  certaines niches fiscales dont bénéficient les plus riches ou aux dégrèvements de charges qui bénéficient plus aux grandes entreprises qu'aux TPE-PME qui en auraient besoin ? Pourquoi ne pas demander aux banques et aux institutions financières de participer à l'effort national ? Pourquoi pénaliser la consommation alors qu’il faut relancer la croissance en France et en Europe ?

Alors oui, ce n’est pas de la rigueur imposée toujours aux mêmes dont nous avons besoin, mais du retour d’une Europe volontariste.

A l'heure où la crise économique mondiale met en évidence l'impuissance des États à apporter seuls des solutions pérennes, le plan voté cette nuit, première action européenne coordonnée doit constituer l'amorce du réel gouvernement économique au niveau de l'Union que les radicaux de gauche ont toujours appelé de leurs vœux.

Il s'agit d'un impératif si l'Europe souhaite se doter des moyens de faire face aux difficultés financières, économiques et sociales qui s'annoncent pour plusieurs autres États membres, dont la France n'est pas des moindres.

Par Fabrice Moulin

16:31 Écrit par Fabrice Moulin dans Politique, PRG | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer | | |

 
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