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mercredi, 01 septembre 2010

Virage sécuritaire : un scénario douteux et de mauvais acteurs pour une production à petit budget !

Les chiffres donnés le week-end dernier par le Parisien sont éclairants. Le nombre de policiers et les moyens alloués à la Police nationale ont diminué depuis 2004 alors que dans le même temps les chiffres de l’insécurité ont augmenté. Pourtant c’est bien Nicolas Sarkozy, qui fut ministre de l’Intérieur avant d’être Président, qui prétend encore et toujours faire de la sécurité sa priorité, accusant la gauche de naïveté, d’angélisme et d’incompétence. Un tel décalage entre la réalité et la fiction présidentielle pourrait être drôle si elle ne révélait pas la totale incapacité de Sarkozy de jouer correctement son rôle de Président de la République.

 

A ce titre son discours de Grenoble a passé les bornes du ridicule comme de la démagogie nauséabonde. La rengaine de la « guerre contre le crime » proclamé d’un air martial sonne de plus en plus faux.

Certes, Nicolas Sarkozy joue depuis longtemps le rôle d’un triste Don Quichotte, combattant des moulins à vent pour faire croire qu’il est un héros sur la scène mondiale. Il se conduit comme un président de série américaine. Il n’est pas habité par la fonction, il joue un rôle. Le voilà alternativement en lutte contre les paradis fiscaux, au bras de fer contre les banquiers profiteurs, en guerre contre al-Quaida, en sauveur de l’environnement, des ouvriers délocalisés et des déficits français. Et une fois le show terminé, quel résultat : toujours nul !

Cette été c’est le retour de « Sheriff fait moi peur », tant sa succession d’annonces et de lois sur la sécurité depuis 8 ans ont montré leur totale inefficacité ! Bref, le storytelling présidentiel ressemble de plus en plus à un sacré nanard. Sans parler de ses fidèles acolytes Hortefeux, Besson, Estrosi, Lefevre, l’inénarrable Eric Ciotti et même Châtel aujourd’hui qui rivalisent d’idées stupides (et surtout totalement inapplicables mais de cela il s’en fiche!). Parfait casting pour un western à la française : Les Cons, les Abrutis et des Truands !

 

Mais essayons de rester sérieux. Dans la Police, les langues se délient et beaucoup se plaignent d’être coupée de la population et donc en prise avec toujours plus de violence. Car sans moyens humains, finit l’îlotage, les liens tissés avec la population et donc la collecte de renseignements et la présence de terrain qui permet d’apaiser les tensions. Ultime paradoxe, leur hiérarchie leur demande de ne plus patrouiller dans les quartiers où la situation pourrait déraper. Au moment où se tourne le film sécuritaire, les policiers ne sont plus que de simples figurants à qui on interdit d’entrer sur le plateau !

Et que fait le Président ? Il stigmatise, il divise, il relance une politique prétendue sécuritaire qui consiste à amalgamer immigration et délinquance, gens du voyages et criminels, et à jeter en pâture comme boucs émissaires de l’opinion publique les Roms, une population déjà stigmatisée partout en Europe et qui vit dans des conditions déplorables. Comme si les Roms étaient responsables des actes de violence dont les chiffres augmentent eux régulièrement ces dernières années !

 

Il n’est pas intolérable d'appliquer le droit républicain en démantelant les camps illégaux installés comme autant de bidonvilles insalubres par certains Roms. Mais le problème n’est ni nouveau, ni sa résolution urgente. Il demande d’être traité dans la durée avec des politiques d’insertion, d’éducation, éventuellement de sédentarisation. Il nécessite surtout la construction d’aires d’accueil pour les gens du voyage, comme prévu et comme exigé par la loi en fonction de la taille de la commune. C’est d’ailleurs ce qu’a fait la mairie de Paris en prévoyant la création de deux aires d’accueil sur le territoire parisien ; mesure immédiatement dénoncée par la droite qui n’en est pas à une contradiction près.

Or qu’avons-nous vu ? Un ministre qui envoie bulldozers et CRS à l’assaut de caravanes et de familles apeurées. Un autre qui applique toujours la logique du chiffre pour les reconduites à la frontière. Il ne s’agit pas de tomber dans la caricature, ce ne sont pas des rafles gestapistes et les Roms sont reconduits à la frontière et non gazés. Mais au regard du destin tragique de ce peuple durant la seconde guerre mondiale, notre Président devrait avoir une conscience de l’Histoire dans laquelle inscrire son action et non pratiquer la politique des coups médiatiques et politiciens au risque d’ébranler les valeurs républicaines. Comble de l'absurde, c’est le contribuable qui finit par payer cette politique avec des primes au retour et à l’installation distribuées au Roms sans contrôle et qui ne servent à rien d’autres qu’à pousser des malheureux à faire des allers-retours entre la Roumanie et notre pays.

 

Et quelles sont les retombées concrêtes sur la sécurité  ? Nulles. De même, quelle est l'efficacité attendue de la déchéance de nationalité des Français « d’origine étrangère » agresseurs de policier ou polygames ? Est-ce à dire qu’un Français « de souche » qui tue une vieille dame a plus sa place dans la communauté nationale qu’un Français « d’origine étrangère » adultère ?

Toutes ces mesures accréditent un lien direct entre immigration et criminalité… Cette agitation ne fait qu’attiser les tensions et renforcer les thèses du Front National, et Sarkozy pourrait bien endosser le rôle de « l’arroseur arrosé » (qui en passant est l’une des première séquences comiques de cinéma que l’on doit aux frères Lumières).

 

Après la presse étrangère, les intellectuels, la gauche et une partie de la droite républicaine, on a même vu le Pape et le clergé catholique critiquer la parole du Président et réprimander le gouvernement en matière d’accueil des étrangers et de Droits de l’Homme. Et les sarkozistes de s’étrangler ! Comment donc ? Ont-ils oublié le discours de Latran, quand leur chef proclamait : « dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur ».

 

Mais la comédie a trop duré. Pour diminuer efficacement l’insécurité, il faudrait s’attaquer aux vrais problèmes en consacrant du temps et des moyens pour une politique cohérente de maillage et d’apaisement des quartiers, de prévention et de répression, de dialogue et de sévérité, le tout accompagné d’un renforcement de la justice mais aussi de justice sociale. Bref une politique pragmatique et juste et avant tout inscrite dans la durée. Et cela vaut pour tous les problèmes de notre pays alors que le Président ne fait qu’enchaîner les bandes-annonces sans jamais passer à la réalisation concrète.

En politique comme au cinéma, il est rare que la suite d'un navet soit un chef d'oeuvre, alors ne doutons pas du résultat du remaniement. Il est plus que temps de se préparer pour 2012 à changer radicalement de réalisateur comme de casting et passer enfin de la politique fiction à la réalité.

 

Par Fabrice Moulin

 

 

23:20 Écrit par Fabrice Moulin dans Politique, PRG | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer | | |

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