Avertir le modérateur

mercredi, 05 mai 2010

Vincent d'Indy, le doigt dans l'engrenage ?

Au conseil d'arrondissement du 4 mai, notre collègue du Parti de Gauche, Alexis Corbière, s'est mis en tête de déposer un vœu demandant de débaptiser le collège Vincent d'Indy car ce musicien, qui fut au tournant du 19e siècle le pendant français de Richard Wagner, a écrit des propos antisémites.

Il est vrai que les propos antisémites de d'Indy sont inqualifiables, mais je me demande s'il n'aurait pas mieux valu qu'oubliés de tous, ils le restent plutôt que d'en faire la publicité.

Surtout, cette initiative ne risque-t-elle pas d'ouvrir une boîte de Pandore ? Car pourquoi se limiter au collège et non à la rue ? Pourquoi se limiter à d'Indy si d'autres ont tenus des propos similaires voir pire ? Va-t-on devoir supprimer toutes les dénominations dans le 12e et à Paris de personnes qui à un moment ou un autre ont-eu des attitudes condamnables ?

A notre demande insistante, Alexis Corbière a accepté d'atténuer la portée de son vœu pour demander seulement le lancement d'un débat sur cette appellation.

Voilà ce que j'ai répondu à en séance :

 

"Tout d'abord, le fait que la dénomination de l'avenue Vincent d'Indy soit intervenue un an à peine après sa mort, sans le recul historique nécessaire, devrait nous faire réfléchir sur la précipitation dont nous pouvons faire preuve dans une politique d'attribution de noms à nos artères et équipements

Cela dit, je crois que débaptiser une rue ou un équipement, même avec de bonnes intentions, doit rester un cas exceptionnel. Beaucoup de grandes figures artistiques ou historiques dont les noms ornent les rues de Paris cachent dans leur parcours des écrits ou des actes discutables voire condamnables au 21e siècle. Y compris de grands républicains ou des personnalités politiques de droite comme de gauche.

Je ne cautionne évidemment pas les propos de Vincent d'Indy qui nous sont rapportés par notre collègue Alexis Corbière mais la mémoire est un équilibre fragile autant que le vivre-ensemble, et en tant qu'adjoint à la maire chargé de la Mémoire, j'invite notre collègue à la prudence.

Un vœu ne s'imposait pas et surtout pas au conseil de Paris. Certes, un débat peut s'engager au sein du Conseil d'administration du collège, mais encore une fois soyons prudent sur ces questions."

 

Par soucis de garder la cohérence de notre majorité, je n'ai pas voulu ouvrir un débat trop passionné en séance mais certains propos qui m'ont paru franchement démagogiques me poussent à réagir. D'autant qu'il va sûrement rebondir au Conseil de Paris et sans aucun doute dans la presse par l'entremise du président du groupe communiste-PG Ian Brossat qui semble avoir un goût prononcé pour l'agit-prop et les coups médiatiques.

Précisons ici qu'il y a déjà eu deux personnes dont les noms ont été effacés des rues de Paris. Alexis Carrel, scientifique eugéniste et membre du Parti Populaire Français (PPF) de Doriot, principal parti collaborationniste de Vichy. Et Antoine Richepanse, général napoléonien dont les mains sont tachées de sang du massacre de centaines d'esclaves révoltés. Sans excuser d'Indy pour autant, je pense qu'on peut affirmer qu'il ne présente pas exactement le même degré de culpabilité.

Je souhaiterai ici lancer un avertissement, en premier lieu à mes amis de gauche. Car il y aurait beaucoup à dire des hommes de droite mais que fera-t-on de Proudhon (l'auteur de Philosophie de la Misère et du célèbre "la propriété c'est le vol" qui a donné son nom à une artère du 12e) qui est surement dans le panthéon politique du Parti de Gauche mais qui n'en a pas moins écrit qu'il fallait « exterminer les juifs » ! Et Voltaire qui a écrit de beaux textes contre l'esclavage mais n'en a pas moins été complice en ayant des parts dans une société du commerce triangulaire ? Financer ce que nous qualifions aujourd'hui de crime contre l'humanité n'est-il pas au moins aussi grave que d'en faire l'apologie ? Voltaire doit-il disparaitre de notre capitale ?

De même, la colonisation et bien souvent la supériorité de l'Homme blanc qui la sous-tendait a été soutenue par tous les gouvernements et une majeure parti du personnel politique de droite comme de gauche de la IIIe République jusqu'à la décolonisation de 1960. Comment juger avec les yeux d'aujourd'hui ces propos de Léon Blum : « Nous admettons le droit et même le devoir des races supérieures d'attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture et de les appeler aux progrès » ? Soyons fair-play, ma famille politique - les Radicaux-Républicains - ne fut pas non plus épargnée par la bêtise de l'époque !

Il y a peu de temps nous avons vu avec l'inauguration de l'esplanade Ben Gourion par le maire de Paris et les réactions passionnées qu'elle a provoqué chez certains que le travail de mémoire est un exercice complexe. Il faut éviter de multiplier les sujets de crispation et se garder de relancer une compétition des mémoires qui pourrait faire plus de mal que de bien au vivre-ensemble dans la République fraternelle que nous appelons de nos vœux.

17:07 Écrit par Fabrice Moulin dans Conseil d'arrondissement 2008-2014, Mémoire et Monde Combattant, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer | | |

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu