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dimanche, 25 avril 2010

Parce que nés juifs, parce que résistants, parce que tziganes, parce qu’homosexuels ou francs-maçons...

Journée nationale du souvenir des victimes et héros de la déportation dans le 12e

Discours de Fabrice Moulin

Mesdames et Messieurs les élus,

Monsieur le Président de l’Association des Déportés et Internés Résistants du 12ème,

Monsieur le Président du Comité d’Entente des Associations d’Anciens

Combattants et Victimes de Guerre,

Monsieur le Président de l’Association pour la Mémoire des Enfants Juifs Déportés,

Mesdames et Messieurs les Déportés et Résistants et Anciens Combattants,

Mesdames et Messieurs,

La cérémonie qui nous rassemble aujourd’hui, comme chaque année, est une cérémonie de recueillement et de souvenir dédiée à l’ensemble des victimes de la Déportation, cette machine d’extermination conçue et mise en œuvre par le régime nazi au début des années 1940.

Après les déportations politiques, l'élimination des "associaux", la Shoah par balles, le 3 septembre 1941, au camp d’Auschwitz-Birkenau, en Pologne, 4 chambres à gaz pouvant contenir chacune plus de 1.000 personnes commencent à fonctionner. La barbarie nazie repousse ainsi les limites de l’abject. Le voile noir des ténèbres recouvre pendant près de quatre longues années la quasi-totalité de l’Europe asservie. La terreur est omniprésente. L’idéologie nazie se répand partout, une idéologie raciste, xénophobe  et antisémite, fondée sur la croyance abjecte et folle qu’une « race » est supérieure à une autre.

Il y a 65 ans les camps d’extermination et de concentration étaient libérés. Lorsque les troupes Alliées y pénètrent, ils découvrent l’horreur d’une réalité cachée ou supposée telle : des charniers à ciel ouvert, des rescapés squelettiques et hagards, des entrepôts remplis de monceaux de valises, de chaussures, et surtout de cheveux … qui témoignent des millions d’hommes, de femmes et d’enfants victimes de cette machine effroyable.

Comme chaque année, nous sommes réunis en ce dernier samedi d’avril pour rendre un hommage indéfectible aux martyrs et aux héros de la déportation, et pour honorer la mémoire de celles et de ceux qui ne revinrent jamais des camps de la mort.

En ce jour particulier, le silence et la méditation conviendraient peut-être mieux.

Mais l’homme a besoin de se souvenir avec des mots pour l’aider à vaincre la tentation de l’oubli.

Vouloir se souvenir est une démarche exigeante.

Pourtant, il est de notre devoir de rappeler ce que fut l’une des plus effroyables et honteuses pages de notre histoire : la déportation fut bien davantage que le transport d’ennemis en terre étrangère ; elle fut, avec la collaboration servile du gouvernement de Vichy et de l’Etat français, une implacable machine à déshumaniser, à tuer hommes, femmes et enfants au service d’une funeste idéologie.

Des millions d’êtres humains à travers l’Europe, dépossédés de leur nom, furent réduits à l’état d’un matricule tatoué sur le bras, expédiés à la mort dans les chambres à gaz ou les fours crématoires, privés de sépultures, parce que nés juifs – ils furent six millions -, parce que résistants, parce que tziganes, parce qu’homosexuels ou francs-maçons. Très peu en réchappèrent.

Déportation, camps de concentration, génocide témoignent du mal et de la barbarie absolus, dont l’homme peut, hélas, se révéler capable.

Dans notre pays, plus de 140.000 personnes furent déportées à la demande des autorités nazies avec la complicité du gouvernement de Vichy et de l’Etat français.

Parmi elles, 76.000 étaient des juifs de nationalité française ou étrangère, dont 11.000 enfants – 4.000 ont été arrêtés à Paris le 16 juillet 1942 lors de la terrible rafle du Vel d’Hiv. Plus de la moitié furent gazés dès leur arrivée dans les camps nazis.

Le bilan de cette extermination, de cet anéantissement des juifs, de tous les juifs, voulus, organisés, planifiés sur une grande échelle, avec une précision qui donne le vertige, est effroyable : seuls 2.000 juifs déportés depuis la France ont survécu à cet enfer.

Au total, c’est près d’un quart des juifs résidant dans notre pays au début de la seconde guerre mondiale qui furent exterminés dans le cadre de la « solution finale ».

Leurs noms et prénoms sont désormais gravés pour l’éternité sur le Mur des Noms du Mémorial de la Shoah, ouvert en 2005 dans l’ancien quartier juif du Marais à l’occasion du soixantième anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz.

Il y eut aussi plusieurs dizaines de milliers d’hommes et de femmes, résistants ou « simples » otages, déportés par l’armée allemande, dans le cadre de la répression sans pitié des actes de la Résistance. Moins de la moitié d’entre eux rentrèrent en France. Il faut aussi honorer la mémoire de celles et ceux, ces héros, qui bravèrent la terreur, pour s’élever contre cette occupation et contre la collaboration. Ils ont sacrifié leur vie au service d’un idéal, celui de la liberté, et d’une lutte qu’ils savaient supérieure ; d’une lutte contre la barbarie d’un régime totalitaire qui avait asservi l’Europe.

Je voudrais aussi que nous nous souvenions des déportés pour raisons politiques, de ces Parisiennes et Parisiens qui ont fait acte de résistance et d’héroïsme pour la défense de nos libertés.

Aux hommes et aux femmes qui survécurent à l’enfer des camps, nous devons rendre hommage.

Leurs vies, qui se sont prolongées au-delà de ces terribles souffrances, leurs vies pourtant blessées à jamais par l’absence des êtres chers qu’ils ont perdu, sont un témoignage inestimable dont nous devons assurer la transmission, pour que vive leur mémoire. Pour que jamais nous n’oublions. Pour que jamais de telles atrocités ne se reproduisent.

Dans quelques années, les rescapés des camps ne seront plus là pour témoigner. Il appartiendra alors aux jeunes générations, de rappeler cette effroyable tragédie et de perpétuer cet indispensable devoir de mémoire. Une mémoire que nous devons faire vivre dans nos cœurs, que nous devons partager et faire partager.

Permettez-moi d’emprunter quelques mots au poète et résistant Paul ELUARD : « Si l’écho de leur voix faiblit, nous périrons ». Ces quelques mots sont à la fois si justes et si forts ! Ensemble, faisons que jamais l’écho de vos voix ne faiblisse !

Les leçons du passé, de l’histoire, l’actualité de ce début de XXIème siècle dans notre pays comme dans le monde nous appellent à faire preuve d’une extrême vigilance et de la plus grande détermination dans la défense des droits de l’Homme, de la dignité humaine et des valeurs qui fondent notre République.

Mais nous devons aussi être vigilant devant la résurgence de ce mal absolu aussi bien sur d’autres continents qu’au cœur de nos villes et de nos quartiers.

Négationnisme, antisémitisme, racisme, xénophobie, sont en effet toujours présents dans notre société. Dans un monde qui tend à perdre ses repères, en proie à des tensions de toute sorte, certains incitent à la guerre des civilisations et des religions, attisent les intégrismes, font le choix du communautarisme.

Nous savons que tout langage d’exclusion, tout discours xénophobe, tout comportement raciste ne sont ni anodins, ni innocents : ils précèdent souvent les actes les plus barbares.

Le combat contre l’oubli, l’ignorance, l’intolérance, la haine et le racisme reste aujourd’hui, et pour l’avenir, un des combats les plus nécessaires et les plus justes.

Nous nous devons, collectivement, de rester vigilant et de ne pas laisser les fondements d’un mal terrible de nouveau se répandre dans la société.

Comme le disait, Lucie AUBRAC « résister se conjugue au présent ». A nous de faire en sorte que l’homme consacre ses forces à l’édification d’une société et d’un monde de justice, de paix et de solidarité.

Je vous remercie.

22:00 Écrit par Fabrice Moulin dans Mémoire et Monde Combattant, Vie de l'arrondissement | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | |  Imprimer | | |

Commentaires

Bonjour,

Je relève, dans le texte ci-dessous, cet extrait : "Permettez-moi d’emprunter quelques mots au poète et résistant Paul ELUARD : « Si l’écho de leur voix faiblit, nous périrons ». Ces quelques mots sont à la fois si justes et si forts ! Ensemble, faisons que jamais l’écho de vos voix ne faiblisse !"

Cette citation, attribuée à Paul Eluard, est reproduite à des centaines d'exemplaire un peu partout (livres, thèses, discours, sites Internet, stèles commémoratives, etc.). Cependant, la source exacte et complète n'est JAMAIS indiquée et les spécialistes pensent que Paul Eluard n'en est pas l'auteur. Peut-être la connaissez-vous ?

Cordialemenet.

Eve Line Blum

Écrit par : Eve Line Blum | dimanche, 17 octobre 2010

Les commentaires sont fermés.

 
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