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mardi, 23 mars 2010

Le nom d'Hélène Berr pour la bibliothèque Picpus

Présentation par Fabrice MOULIN du projet de délibération

voté à l'unanimité en Conseil d'arrondissement du 22 mars 2010

 

« Horror, horror, horror » c’est sur ces mots empruntés à Shakespeare que s’achève le journal d’Hélène Berr, à la date du 15 février 1944 quelque temps avant que ne s’achève sa vie dans le camp d’extermination de Bergen-Belsen.

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Hélène Berr c’est cette contemporaine française d’Anne Franck, l’auteur née à Paris dans une famille juive d’un journal intime sous l’occupation allemande et le régime collaborationniste et antisémite de Vichy.

Son journal constitué de 262 feuillets volants remis après la guerre à Jean Morawiecki, son fiancé et futur diplomate, déposé en 2002 au Mémorial de la Shoah, sera publié pour la première fois en janvier 2008.

Elle a 21 ans au moment où elle entame son récit en avril 1942. Elle prépare l'agrégation d'anglais et est amoureuse de Jean, son fiancé engagé dans la France libre. Elle y raconte la vie quotidienne et les épreuves, comme le port de l'étoile jaune en juin 1942.

Patrick Modiano qui a préfacé l’ouvrage résume ainsi « Il y avait sûrement en 1942 des après-midi où la guerre et l’Occupation semblaient lointaines et irréelles dans ces rues. Sauf pour une jeune fille du nom d'Hélène Berr, qui savait qu'elle était au plus profond du malheur et de la barbarie: mais impossible de le dire aux passants aimables et indifférents. »

Ne pouvant passer l'agrégation en raison des lois antisémites de Vichy, elle devient assistante sociale bénévole à l'Union générale des israélites de France (Ugif). Elle se dévoue aux orphelins juifs et œuvre aussi à leur sauvetage, mais doit taire cette activité clandestine, même dans son journal.

Arrêtée avec son père et sa mère le 8 mars 1944, détenue à Drancy puis déportée le jour de ses 23 ans à Auschwitz. Elle meurt à Bergen-Belsen en avril 1945, peu de temps après Anne Frank et quelques semaines avant la libération du camp.

Conformément au vœu adopté par notre assemblée le 16 juin 2008, la bibliothèque Picpus qui a rouvert ses portes le 6 mars 2009 après 2 ans de travaux, qui est agrandie, restructurée, inséré dans le quartier et qui est l’une des plus fréquentée du réseau parisien portera le nom d’Hélène Berr.

Quel lieu plus symbolique qu’une bibliothèque pour honorer la mémoire de cette jeune fille qui prend conscience de son statut de témoin et de victime lorsqu’elle dit :

« Il faudrait donc que j'écrive pour pouvoir plus tard montrer aux hommes ce qu'a été cette époque. Je sais que beaucoup auront des leçons plus grandes à donner, et des faits plus terribles à dévoiler. Je pense à tous les déportés, à tous ceux qui gisent en prison. »

Hélène Berr dont le seul réconfort fut de savoir que, confié à une fidèle employée de maison, son journal lui survivra : « Je sais pourquoi j'écris ce journal, je sais que je veux qu'on le donne à Jean si je ne suis pas là lorsqu'il reviendra. Je ne veux pas disparaître sans qu'il sache tout ce que j'ai pensé pendant son absence. »

Comment ne pas penser à Hélène Berr pour la dénomination de cette bibliothèque lorsqu’on se souvient des mots du philosophe Tzvetan Todorov : « La vie est perdue contre la mort, mais la mémoire gagne dans son combat contre le néant. »

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