Avertir le modérateur

vendredi, 26 février 2010

Un zoo ou un jackpot ?

Mercredi dernier, les ministres candidates Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat à l’Ecologie, et Valérie Pécresse, ministre de la Recherche, ont lancé officiellement le partenariat public privé pour la rénovation et réouverture du Zoo de Vincennes d'ici 2014.

Une bonne nouvelle me direz-vous ! Oui pour tous ceux qui aiment le zoo. Mais surtout pour les partenaires privés qui n'ont fait qu'une bouchée des animaux analystes de Bercy...

Nous voulons tous le retour du Zoo de Vincennes et son rocher et sur le papier le projet scientifique est prometeur. Mais c'est à se demander si on rebâtit un zoo ou un jackpot pour les groupes indutriels amis du pouvoir.

En effet la rénovation, d'un coût total de 133 millions d'euros, sera pour partie financée à travers un contrat de partenariat public-privé (PPP) entre le Muséum d'histoire naturelle dont dépend le zoo et le groupe Chrysalis, un groupement d'entreprises mené par Bouygues Construction. L'Etat subventionne le projet à hauteur de 30 millions d'euros.

Certes Chrysalis s'engage à financer, construire et entretenir ce zoo pendant 25 ans (l'entretien annuel est estimé à 4 millions d'euros par an). Mais il recevra, en contrepartie, une redevance de 12 millions d'euros par an de la part du museum, soit 300 millions d'euros. Les partenaires privés gagneront ainsi plus du double de l'investissement total, et le triple de ce que le groupe Chrysalis aura investit!

Au moins me direz-vous, cela ne coûtera pas au contribuable que nous sommes !

Pas si sûr...

Car le modèle économique choisi du PPP mais surtout son équilibre est une aberration.

Certes le PPP a été parfois utilisé par la Ville de Paris et peut avoir son utilité pour certains de ses projets.

Mais dans ce cas, outre le fait qu'il offre à Bouygues de tripler sa mise, ce PPP repose en effet sur une fréquentation bien supérieure à ce qu'elle a jamais été : car pour pouvoir payer cette rente annuelle, le Muséum d'histoire naturelle devra tabler sur une fréquentation du zoo de 1,4 millions de visiteurs annuel.
Si le Museum ne peut payer c'est l'Etat donc le contribuable qui se substituera pour payer... jusqu'à quand ?
Ne risque-t-on pas de nous retrouver dans quelques temps de nouveau avec sur les bras un zoo en faillite abandonné, un éléphant blanc comme on dit aux J.O (et au zoo).

Comme le dit le Ministère des Finances, le PPP confie à "une entreprise la mission globale de financer, concevoir tout ou partie, construire, maintenir et gérer des ouvrages ou des équipements publics et services concourant aux missions de service public de l’administration, dans un cadre de longue durée et contre un paiement effectué par la personne publique et étalé dans le temps."
"Les avantages de cette forme nouvelle de contrats sont multiples : l’accélération, par le préfinancement, de la réalisation des projets ; une innovation qui bénéficie à la collectivité par le dynamisme et la créativité du privé ; une approche en coût global ; une garantie de performance dans le temps ; une répartition du risque optimale entre secteur public et privé, chacun supportant les risques qu’il maîtrise le mieux."

Mais alors il faut que l'Etat donne une réponse précise aux parisiens-contribuables à toutes ces conditions ?

Car l"écueil majeur de ce type de contrat est que la personne publique transfert au partenaire privé un certain nombre de risques mettant en jeu l'intérêt même de la collectivité : qualité et niveau du service attendu par exemple, exigences de maintenance, économies d'énergie...Le risque majeur de ne pas atteindre l'objectif initial de la collectivité est lié à l'écart potentiel des intérêts qui animent les deux partenaires public et privé.
Sur quelles bases ce contrat a été négocié ? Quels sont les risques supportés par le partenaire privé ? Quel sera son rôle exact dans la gestion du zoo ?
Comment compte-t-il atteindre 1,4 millions de visiteurs dans un contexte de crise et de baisse du tourisme international ?
Le MNHN explique dès maintenant qu'il va falloir multiplier l'évènementiel pour rentabiliser, quel est exactement leur cahier des charges ? Restera-t-il scientifiquement pertinent où va-t-on développer un Disneyland dans le Bois de Vincennes ?

Autre problème : pendant la période d'exécution du contrat de partenariat, notamment en phase d'exploitation et de maintenance, le savoir-faire et les moyens de la collectivité seront irrémédiablement diminués du fait du transfert vers le secteur privé. Se posera alors le problème de la qualité de la gestion et de l'exploitation de l'ouvrage lorsque, à la fin du contrat de partenariat, celle-ci reviendra à la collectivité qui se verra incapable de reprendre l'exploitation du site, faute des compétences nécessaires.

D'un point de vue de l'efficacité économique pour nos consitoyens, quitte à réduire l'engagement initial de la collectivité, il eut été sans doute plus judicieux de créer une Société Anonyme d'Economie Mixte d'Etat avec une Délégation de Service Public.

Ce PPP et son montage économique si avantageux pose question. La plus importante reste, avec un Etat qui se désengage chaque jour un peu plus de ses missions, quelle garantie réelle avons-nous de la pérennité de ce zoo si le Museum ne peut payer sa redevance durant les 25 prochaines années ?

Et la question subsidiaire, avec des tarifs déjà annoncés pour l'instant à 14 euros pour les futurs visiteurs, sans parler des évènements, le zoo restera-t-il accessible à tous les Parisiens et les familles ?


Par Fabrice MOULIN

21:06 Écrit par Fabrice Moulin dans Economie et Tourisme, Politique, Vie de l'arrondissement | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer | | |

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu