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vendredi, 31 juillet 2009

Créons une fédération de la gauche pour 2012

Tribune parue dans Libération le 28 juillet 2009, Par ROGER-GÉRARD SCHWARTZENBERG ancien ministre, président d’honneur du Parti radical de gauche (PRG).

La contre-performance de la gauche aux élections européennes a au moins un mérite : indiquer clairement la stratégie à ne pas suivre pour les prochaines échéances. Car le résultat du 7 juin est paradoxal. Certes, d’un côté, du fait de la dispersion de l’opposition, son principal parti obtient un score très limité (16,48 %). Mais, de l’autre, le total des voix de gauche dépasse celui des voix de droite et la victoire relative de l’UMP, avec 27,87 % des suffrages, ne peut masquer le fait qu’elle dispose de faibles réserves pour une élection comportant deux tours comme l’élection présidentielle.

En réalité, la majorité actuelle est forte, non de sa propre puissance, mais de la division de l’opposition. Si on demeure en l’état, le scrutin de 2012 ne se jouera donc pas à armes égales entre la droite, dont l’UMP a fusionné les principales composantes, et la gauche de gouvernement, qui, elle, ne s’est pas rassemblée et se trouve fragmentée en six partis. D’où le risque d’une multiplication des candidatures au premier tour de la présidentielle, suivie au second tour d’une simple unité de façade, peu crédible et donc peu attractive pour les électeurs.

Peut-on en rester là : d’un côté, la légion romaine de l’UMP, unifiée et intégrée, de l’autre, les tribus gauloises de la gauche, agissant en ordre dispersé ? Et est-il indispensable de refaire Alésia tous les cinq ans ?

Pluralisme et partenariat. Certes, fusionner la gauche ne correspondrait ni à sa tradition, faite de diversité, ni à la volonté de ses dirigeants. Il n’est donc ni faisable ni souhaitable de créer une UMP de gauche. En revanche, constituer une fédération, comme l’avait fait autrefois François Mitterrand, permettrait de concilier pluralisme et partenariat. Pluralisme, d’abord, car chacun des partis de gauche a sa propre histoire qui a forgé son identité particulière. Attaché à sa spécificité, aucun n’entend renoncer à exercer son droit à la différence. D’ailleurs, l’existence même de cette diversité peut favoriser un dialogue très utile entre les différentes composantes de la gauche, dialogue permettant d’établir un projet commun qui corresponde vraiment aux attentes de tous ses électeurs et assure donc leur pleine mobilisation.

Mais cette diversité doit jouer comme un atout, non comme un handicap. Le résultat du 21 avril 2002 et l’absence de la gauche au second tour tiennent pour beaucoup à son excessive division au premier tour de cette élection présidentielle. Certes, instruits par cette expérience, ses électeurs ont largement concentré leurs votes sur le PS au premier tour de 2007. Mais en 2012, l’échec du 21 avril 2002 datera de dix ans et son souvenir se sera fortement estompé. Et, même si une situation aussi négative ne se reproduit pas, la dispersion probable des voix de gauche peut empêcher son principal candidat d’atteindre au premier tour un score assez élevé pour bénéficier d’une vraie dynamique qui lui permette de l’emporter au second.

Pour éviter ces aléas, il faut donc combiner pluralité et convergence. En créant une structure fédérale qui, tout en laissant subsister chacune des formations de gauche, les coordonne organiquement pour des actions conjointes et prépare une stratégie de rassemblement pour la présidentielle.

Des structures fédérales équilibrées. Une telle fédération aurait vocation à regrouper les partis de la gauche de gouvernement : PS, PCF, PRG, Verts, MRC et Parti de gauche. Son architecture serait, bien sûr, à inventer collectivement. Mais elle pourrait s’inspirer, par exemple du schéma suivant. La fédération serait fondée sur une charte constitutive, élaborée en commun par ses formations fondatrices et définissant ses options fondamentales dans les principaux domaines : démocratie, réformes économiques et sociales, environnement, etc. L’application de cette charte serait déléguée à la fédération, les partis membres conservant pour le reste leur liberté d’appréciation et de décision. La fédération serait dirigée par un conseil national où les organisations participantes disposeraient d’un nombre de sièges proportionnel à leur nombre d’adhérents et d’élus nationaux et locaux, de façon à établir une pondération reflétant la réalité des forces associées. Symétriquement, pour préserver les droits des composantes disposant de moindres effectifs, l’adoption des résolutions les plus importantes nécessiterait une double majorité : majorité des membres du conseil national et majorité des deux tiers des organisations participantes. Ce conseil élirait en son sein un secrétariat national chargé d’appliquer les décisions adoptées. Les adhérents des formations constitutives seraient membres de droit de la fédération, celle-ci pouvant aussi recevoir des adhésions directes, contribuant à concrétiser l’existence de cette nouvelle entité. L’ensemble des adhérents désigneraient le président de la fédération pour un mandat renouvelable de trois ans et, avec le concours des sympathisants, son candidat à l’Elysée. Avec une très probable coïncidence entre ces deux personnalités.

On dira qu’un tel projet est difficile à mettre en œuvre. Certainement. On ajoutera qu’il n’est pas sûr que la totalité des six partis concernés consentent à y adhérer. Sans doute. Il conviendra alors de mettre en place ce système de «coopération renforcée» entre ceux qui accepteront cette structure commune. La gauche a des atouts importants : la générosité de ses valeurs, la volonté d’une France plus juste et plus humaine, le désintéressement et la fidélité de ses militants. Il serait très regrettable de compromettre tout cela, tout ce potentiel de progrès, par une organisation inadaptée, crispée sur le patriotisme de parti. Si la gauche reste telle qu’elle est - dissociée, morcelée, balkanisée -, si elle se fige dans des structures immobilistes sans surmonter ses divisions, un nouvel échec est probable. En revanche, si elle choisit d’innover, de se réformer, de se rassembler, une autre issue devient possible. Seul ce regroupement dans une force commune permettra d’avancer ensemble vers un objectif atteignable : l’emporter en 2012.

14:09 Écrit par Fabrice Moulin dans Politique, PRG | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer | | |

 
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